L’extraordinaire talent du pianiste Cyprien Katsaris, tôt salué par des maîtres aussi avérés qu’Olivier Messiaen (« technique d’acier, fougue, force et autorité, brillance ») ou György Cziffra, illumine trois disques récents, aussi remarquables par la variété du programme que par la qualité transcendante de l’interprétation. Délicatesse mozartienne, virtuosité lisztienne et douceur schubertienne sont des données qui relèvent ici de l’incongru, tant l’artiste sait modeler le métal musical en usant simultanément de ces trois caractères pour la totalité de son immense répertoire. Tout au long de sa carrière, cet étonnant virtuose se sera ainsi attaché à chercher, au sein de ses œuvres de prédilection, les couleurs harmoniques, raretés mélodiques et superpositions contrapuntiques les plus inattendues, sans jamais mettre en péril l’unité formelle et la cohérence structurelle voulues par les compositeurs. Dût-il parfois, pour cela, dérouter une partie de ses auditeurs, sans doute afin de plus sûrement les séduire. En cela, il reste le glorieux héritier de Franz Liszt, grand pianiste et grand compositeur, mais aussi incomparable improvisateur chez qui l’invention ne brutalisait jamais la forme. En ce temps de grave crise du disque classique, par ailleurs, il est réconfortant de vérifier que le label « Piano 21 », créé par Katsaris, le 1er janvier 2001 (dix ans déjà !) offre un panel si complet et si divers du répertoire créé au cours des deux derniers siècles pour le roi des instruments.
www.leducation-musicale.com (France), novembre 2011



